Journal d'un réfugié syrien

Jeu dangereux

Monsieur Kerry et Monsieur Lavrov se rencontrent aujourd’hui à Zurich. La mise en œuvre de la résolution 2254 de l’ONU, qui prévoit une feuille de route pour sortir du conflit syrien, et en particulier le lancement de pourparlers à Genève le 25 janvier prochain sont au menu de leurs discussions. Les Russes font le forcing pour imposer leur propre liste des 15 négociateurs qui doivent représenter l’opposition à Genève. Certains sont des opposants sincères, mais d’autres n’ont rien à voir avec l’opposition syrienne. Ce qui me préoccupe le plus, c’est que les Russes agissent depuis le début de leur intervention en ennemis du peuple syrien. Comment peut-on leur laisser la responsabilité de définir la liste des opposants, alors qu’ils font le jeu du régime, au point qu’on pourrait presque dire qu’ils en font partie ? Dorénavant, les Etats-Unis sont les derniers à faire face aux Russes dans le dossier syrien. Mais j’ai bien peur que les Américains aillent trop loin dans les concessions. Ils ont l’air de vouloir à tout prix mettre en œuvre une solution politique sur la table, avant la fin du mandat d’Obama.
C’est un jeu dangereux de laisser la main aux Russes, très dangereux. Ce qui se passe à Deir Ez-zor depuis quelques jours en est encore une preuve. Daech est passé à l’offensive contre les positions du régime dans cette ville. Il y a eu des morts, mais aussi beaucoup de désinformation. D’après mes contacts originaires de Deir Ez-zor, les combattants de Daech n’ont pas kidnappé 400 civils comme les médias officiels syriens l’avaient rapporté le week-end dernier. Le dire, c’était une manière de préparer le terrain pour une intervention russe. Ces derniers sont effectivement lancé une intense campagne de bombardements. Pour moi c’est très clair : ils n’attaquent pas Daech, ils défendent le régime qui est en difficulté. Jusque-là, les Russes n’étaient pas intervenus à Deir Ez-zor ; et ils ne s’en prennent pas aux camps d’entraînement de Daech, ce qu’ils bombardent, c’est la ville. Les destructions y seraient déjà considérables. En Syrie, les Russes veulent la victoire, quels qu’en soient le coût en destructions et le prix humain.
Dans ces circonstances, je redoute qu’ils imposent leurs conditions aux pourparlers de Genève. Bien sûr, je suis favorable à des négociations. Mais il faut qu’elles reposent sur une base minimum, le respect des droits du peuple syrien. Les Russes sont bien les derniers à pouvoir défendre ses intérêts. J’espère que Monsieur Kerry aura suffisamment de conscience pour ne pas leur céder.

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