Journal d'un réfugié syrien

Quitter l’aide sociale

Il y a quelques semaines, j’ai pris la décision de renoncer à l’aide sociale. Elle ne m’est plus versée depuis le 1er octobre. Depuis ma demande d’asile il y a quatre ans, je vivais avec le soutien de l’Hospice général. Autant dire que je pars à l’aventure: à moi, dorénavant, d’assumer toutes mes charges, mon assurance maladie, ma nourriture…

C’est le prix à payer pour devenir indépendant et me donner une chance de me réinsérer professionnellement.

Pour ce qui est de retrouver du travail, j’ai vraiment essayé ces dernières années. Pendant six mois, j’ai fait des stages auprès de l’Hospice général: nettoyage, espaces verts, livraisons, mécanique… Aucun de ces stages ne m’a permis de trouver du travail. Et pour être honnête, je me vois mal achever ma carrière professionnelle dans un domaine que je n’aime pas.

Il n’y avait finalement qu’une seule option qui se présentait à moi pour reprendre une activité professionnelle: la conduite. Ce devait être une transition, le temps de me réinsérer professionnellement dans un domaine me correspondant, l’économie ou la physique. Mais ce projet n’a pas abouti.

C’est alors que j’ai décidé de reprendre des études pour essayer de valoriser mes diplômes obtenus en Syrie. Lorsque je me suis ouvert de ce projet à l’Hospice général, je me suis heurté à de sérieuses difficultés. Ils disaient qu’ils comprenaient mon raisonnement, mais ils n’y étaient pas favorables. Pour moi, le retour aux études est un moyen d’augmenter mes chances de trouver un travail cohérent avec mes expériences professionnelles pour ne pas tout mettre à l’eau. D’après l’Hospice, cela ne m’amènera à rien et il considère que l’ensemble de mon énergie et de mon temps doit être consacré à la recherche d’un emploi.

C’est pour me libérer de ces contraintes que j’ai décidé de quitter l’Hospice général. Avant de lui écrire que je renonçais à l’aide sociale, huit mois auparavant, je lui avais déjà envoyé une lettre pour lui demander de m’autoriser à travailler à temps partiel. Je pensais que l’Hospice retrancherait l’argent que je gagnerais de l’aide versée à ma famille. J’espérais bien réussir, un jour, à l’amener vers l’indépendance, mais je savais qu’à court terme, je ne parviendrais pas à gagner des revenus suffisants pour nous supporter tous les quatre. L’Hospice général n’a jamais voulu entrer en matière, ce qui m’a laissé l’impression qu’il ne me laissait sans beaucoup de marge de manoeuvre pour décider de mon avenir.

Du coup, pour retrouver mon indépendance et reprendre des études, tout en m’assurant que les miens continueraient de recevoir l’aide sociale dont ils avaient besoin, j’ai dû me séparer de ma femme et prendre un logement à mon nom. En prenant ainsi mes distance, je pensais aussi apporter un début de solution à mes difficultés conjugales.

Un mois après avoir pris cette décision, je constate qu’elle a débouché sur une ouverture: j’ai pu reprendre des études aux GCSP, et comme je suis occupé, je pense moins à mes soucis familiaux. En revanche, je ne m’attendais pas à être confronté à des réactions aussi rudes au quotidien. Sur ce plan là, les choses se sont compliquées.

 

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